La DépêcheNOUVELLES CONCERNANT LA LIBERTÉ DE LA PRESSE

Le soutien au journalisme local prendra bientôt fin

PAR JANET E. SILVER

Au pays, des centaines de journalistes risquent de perdre leur emploi à la fin du mois de mars, au moment où un programme fédéral de soutien aux médias locaux prendra fin.

Le gouvernement Trudeau a créé l’Initiative de journalisme local (IJL) en 2019 pour assurer la survie des organes médiatiques des petites collectivités. Le financement doit cesser le 31 mars, date qui marquera la fin de l’exercice 2023-2024.

Les organes médiatiques locaux sont confrontés aux mêmes puissances économiques (publicités en baisse et rude concurrence des médias sociaux), qui ont contribué à la disparition de journaux métropolitains et de bulletins de nouvelles nationaux.

Faute de journalistes pour couvrir le gouvernement municipal, les citoyens désireux d’obtenir de l’information doivent se tourner vers d’autres sources. Ils sont souvent forcés de parcourir les médias sociaux afin d’y trouver des informations erronées et fortement influencées par des opinions parfois très tranchées. Malheureusement, nombre de lecteurs ne prennent pas le temps de vérifier les faits et publient souvent les faits erronés qu’ils ont lus.

La disparition des médias locaux rime avec une couverture moins importante des conseils municipaux, des charges municipales et des tribunaux : le type de couverture qui unit les petites collectivités. L’IJL a favorisé la couverture médiatique dans quelque 1 400 collectivités.

En février, Brent Jolly, président de l’Association Canadienne des Journalistes, s’est adressé au Comité permanent du patrimoine canadien lors des États généraux sur les médias. Il s’est dit inquiet des conséquences que pourrait avoir la fin du financement.

« Sans (l’IJL), le désert journalistique qui s’ensuivra sera cataclysmique », a affirmé Jolly.

Les réseaux de télévision nationaux abandonnent la couverture locale.  En février, CTV a mis fin à ses téléjournaux de fin de semaine et à ses bulletins de nouvelles du midi dans la plupart des régions du pays. Les nouvelles locales de Global News à l’extérieur de l’Ontario, de la Colombie-Britannique et de l’Alberta sont présentées depuis Toronto, et, d’ici quelques semaines, la CBC devrait annoncer la suppression de 600 emplois. Partout au pays, les nouvelles locales sont décimées.

Les médias continuent de réduire leurs effectifs et de mettre fin à des activités. L’intérêt public est ainsi menacé, car les citoyens ne sont plus informés des décisions prises par les élus et la justice locale. Cette absence de contrôle sur les décideurs nuit au principe même de démocratie.

Le journalisme de qualité n’est pas gratuit : c’est un investissement nécessaire aux collectivités canadiennes.