Prix de la liberté de la presse

Félicitations aux lauréats des Prix de la liberté de la presse 2026 !

Lauréat du prix de la liberté de la presse, Frédérik Plante

Frédérik Plante a livré un combat de tous les instants contre le gouvernement du Québec et les tentatives de ce dernier de bloquer les demandes d’accès à l’information et de cacher des preuves relatives au profilage racial pratiqué par les forces policières.

Il y a trois ans, reporter à Montréal pour le Globe and Mail, Frédérik Plante a envoyé des requêtes d’accès à l’information, demandant les données à caractère racial sur les interceptions effectuées par les policiers. Presque tous les services de police ont refusé les requêtes, certains disant que de telles données n’existaient pas.

Frédérik Plante a interjeté appel de ces décisions, et au cours des trois dernières années il s’est consacré à trouver de telles données dans certaines des plus grosses villes du Québec. Cette lutte pour la transparence a révélé que dans les villes de Longueuil, Québec et Laval, les forces policières faisaient preuve d’un zèle particulier dans les communautés noires et arabes, laissant penser qu’il y a effectivement un système de profilage racial dans ces endroits.

M. Plante a également tenté de mettre la main sur les données touchant les interceptions arbitraires détenues par le ministère de la sécurité publique, auquel les forces policières doivent, en vertue de la loi, soumettre ces données. Devant le refus du ministère de fournir ces informations, il s’est encore une fois tourné vers la Commission d’accès à l’information.

Plutôt que de contester l’existence de ces données et le droit ou non de les rendre publiques, les avocats du ministère ont demandé d’invalider la requête. Ils ont fait valoir que M. Plante représentait en fait son employeur de l’époque, le Globe. Puisque seuls des avocats peuvent représenter des sociétés, la requête, selon eux, est invalide.

M. Plante a fait valoir qu’il agissait à titre personnel et que la publication des données, dans le Globe ou ailleurs, n’avait rien à voir avec la cause. Dans la lignée de ses décisions antérieures, la Commission lui a donné raison en 2025.

En avril dernier, la Cour Provinciale a rejeté la requête en appel du gouvernement.

Québec demande une révision judiciaire à la Cour Supérieure de la province, ce qui pourrait éventuellement annuler les décisions précédentes.

C’est un geste sans précédent et c’est la menace la plus sérieuse contre la liberté de presse de la part du gouvernement du Québec en deux décennies. Si le gouvernement gagne sa cause, cela pourrait signifier que dorénavant les journalistes qui font appel de refus dans des causes d’accès à l’information, devraient avoir recours à des avocats pour faire respecter les obligations des institutions publiques.

Frédérik Plante est maintenant à Toronto où il travaille pour le Star. Il continue à être impliqué dans cette lutte juridique, à titre personnel, avec le soutien de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec et d’une coalition de médias québécois. Du fait qu’il ne couvre plus le Québec, il est possible qu’il n’écrive jamais d’articles basés sur les données en question.

“À ce point-ci je ne me bats pas pour un reportage, je lutte pour mes collègues québécois et le droit du public à l’information.” a-t-il dit.


Prix de la liberté de la presse certificat de mérite: Carrie Tait, Tom Cardoso, Mark MacKinnon, Stephanie Chambers, Tu Thanh Ha, Greg Mercer, Alanna Smith

Lorsque la correspondante du Globe and Mail à Calgary, Carrie Tait, a commencé à publier des articles sur des conflits d’intérêts dans les services de santé en Alberta, elle est devenue la cible d’une campagne d’intimidation menée par des personnes anonymes.

Tout a commencé peu de temps après le congédiement d’Athana Mentzelopoulos, la PDG des services de santé de l’Alberta. Cette dernière a dit alors que son congédiement était dû au fait qu’elle avait mené une enquête sur les liens entre les acheteurs de services, le gouvernement et les sociétés avec lesquelles des contrats avaient été signés.

Mme. Mentzelopoulos avait souvent fait allusion à Sam Mraiche, le propriétaire d’une compagnie de produits médicaux à laquelle le gouvernement de l’Alberta avait octroyé plus de 600 millions de dollars.
Carrie Tait et ses collègues du Globe ont déterré des histoires sur M. Mraiche, ses contacts au gouvernement et les activités de sa compagnie. Le groupe de journalistes était composé entre autres du journaliste d’enquête.

Tom Cardoso, du correspondant international Mark MacKinnon, de la recherchiste Stephanie Chambers et de la journaliste Alanna Smith de Calgary. Pendant que cette équipe déterrait et rendait publique la controverse, elle a dû faire face à des attaques constantes des médias sociaux et de podcasts qui remettaient en cause son intégrité. Il était même clair selon ces podcasts, que Carrie Tait était suivie. Plus tard, il a été révélé que les auteurs des podcasts avaient été recrutés par l’avocat de M. Mraiche.
Deux autres reporters du Globe, Tu Thanh Ha et Greg Mercer, se sont joins à l’équipe pour voir qui était derrière la campagne d’intimidation.

Alors que l’enquête sur M. Mraiche, ses liens avec le gouvernement albertain, et les achats de produits médicaux se poursuit, l’impact de cette enquête est déjà considérable. Un ministre du cabinet albertain a démissionné, et des enquêtes par un juge à la retraite, le vérificateur général et la Gendarmerie Royale ont été instituées . Les deux dernières sont toujours en cours.


Lauréats du Prix de la liberté de la presse, journalisme local: Yara El Murr, Mary Newman, James Westman, Aia JaberThe Green Line

En 2022, The Green Line s’est donné comme mission de rendre “ moins ennuyants, et plus accessibles les grands dossiers de l’information.”

Dès le départ, ce journal hyper local s’est consacré à un journalisme qui favorise les solutions communautaires à des problèmes locaux. Le travail consiste à “ collaborer avec les communautés locales que nous desservons, pour rapporter sur des solutions locales qui visent non pas les symptômes, mais les sources des plus importants problèmes de la ville.”

À travers un mélange de journalisme d’enquête, d’études de données et de vidéos, James Westman, Mary Newman et Yara El Murr ont découvert comment un important projet de transport urbain a causé dans les communautés voisines, des hausses de loyer, des évictions et des déplacements.

The Green Line s’est même impliqué dans une rencontre communautaire qui réunissait des activistes, des locataires, des syndicats, des cliniques juridiques et quiconque voulait collaborer à trouver des solutions.
Non seulement la série d’articles a-t-elle fait la lumière sur ce problème critique pour les populations locales, elle aura permis de trouver des solutions, utiliser des outils à la portée des gens, et faire largement comprendre qui bénéficie du développement urbain et qui en est victime.

L’éditrice du Green Line, Anita Li, est d’avis que « ce travail montre comment le journalisme peut responsabiliser les communautés locales, aider à envisager des solutions, et promouvoir l’action locale.»


Prix pour l’ensemble de la carrière en l’honneur de Spencer Moore: Mark MacKinnon

Couvrir une guerre est difficile. Couvrir une guerre qui en est à sa quatrième année – tout en veillant à ce que les Canadiens continuent de s’informer et de s’intéresser à ce qui s’y passe – est un tout autre défi.

Mark MacKinnon, correspondant du Globe and Mail, a continué à livrer des reportages de premier plan depuis les lignes de front du conflit, malgré les menaces pesant sur sa sécurité personnelle et les difficultés logistiques liées à un réseau électrique souvent mis à mal.

En 2025, il a emmené ses lecteurs dans le village isolé de Velyka Pysarivka – à quelques kilomètres seulement des positions d’artillerie russes – pour raconter l’histoire réconfortante d’un journal local qui servait de bouée de sauvetage informationnelle aux derniers habitants de ce village ravagé. MacKinnon a suivi le parcours de distribution du journal avec le couple à la tête de Vorskla, partageant les risques qu’ils prenaient pour livrer la dernière édition du journal alors même que le village était sous le feu des tirs ce matin-là.

L’article de MacKinnon a incité les lecteurs du Globe à collecter des fonds qui ont servi à acheter de nouveaux pneus d’hiver pour la voiture de livraison de Vorskla.

MacKinnon a également risqué sa vie pour couvrir les violences sectaires en Syrie en 2025.

Il y a dix-sept ans, il a été banni de Syrie en raison de ses reportages intrépides sur la manière dont le régime de Bachar al-Assad traitait les dissidents. Alors que MacKinnon a continué à couvrir la Syrie tout au long de la longue guerre civile qui a ravagé le pays, l’effondrement de la dynastie al-Assad a finalement permis à MacKinnon de retourner à Damas et de retrouver certains de ses anciens amis et sources.

La nouvelle tension – entre un pays qui s’est soulevé dans l’espoir d’une démocratie et les dirigeants islamistes qui ont pris la place d’al-Assad – est mise en lumière dans l’article principal que MacKinnon a rédigé à l’issue d’un reportage de deux semaines mené en février et mars 2025. Dans son article, « Inside the New Syria », MacKinnon alterne entre des scènes d’optimisme, comme une manifestation de rue à Damas qui n’aurait pas été tolérée par l’ancien régime, et d’autres, telles qu’une flambée de violence visant la minorité alaouite du pays, qui reflètent l’ampleur des défis à venir.


Lauréats du Prix de la réussite scolaire

Jenna Olsen accomplit déjà le type de journalisme dont la plupart des reporters rêvent depuis des années.

Avant d’entreprendre sa dernière année d’études en journalisme à l’Université du King’s College à Halifax, Olsen a été, l’été dernier, stagiaire au Bureau de journalisme d’enquête de l’École de santé publique Dalla Lana de l’Université de Toronto.

On l’avait prévenue de s’attendre à quelques mois tranquilles. Mais elle a plutôt été appelée à jouer un rôle central dans le cadre d’une enquête qui faisait état d’essais médicaux clandestins — bien que financés et approuvés publiquement — sur des chiens à l’hôpital St. Joseph à London (Ontario). Les détails étaient glaçants : « Sous des consignes de stricte confidentialité, le personnel amène les chiots — âgés d’à peine 10 mois à deux ans lorsqu’ils arrivent d’éleveurs américains — à l’hôpital », indiquait le premier article. « Selon un lanceur d’alerte, ils font jouer de la musique tonitruante pour couvrir les aboiements. »

À partir de documents internes, de séquences vidéo et de données, Olsen a investi des mois à vérifier le matériel, à consulter des experts et à interpeller l’hôpital pour obtenir des réponses — tout en s’efforçant de protéger des sources confidentielles dont l’emploi était menacé.

Jenna a été profondément impliquée dans l’élaboration de stratégies visant à assurer la protection des lanceurs d’alerte, notamment en retirant leurs noms des notes et des ébauches, en évitant d’utiliser des pronoms pouvant révéler leur genre dans toute communication, et en s’engageant à préserver leur anonymat même en cas d’audience devant les tribunaux, a écrit Robert Cribb, fondateur du Bureau de journalisme d’enquête, qui a supervisé son travail sur cette série.

Le travail d’enquête a été minutieux et parfois irritant, particulièrement dans les cas où l’institution refusait constamment de répondre.

« Quand vous êtes confronté à des piles de documents et de transcriptions, il peut être très difficile de faire avancer les choses… », a confié Olsen à Liberté de la Presse Canada.

« Ce qui m’a permis de continuer, c’est le désir de tenir ces personnes puissantes responsables de leurs actes », a-t-elle ajouté.

Le reportage a provoqué une réaction immédiate. Quelques jours après sa publication, l’hôpital a annoncé qu’il souhaitait mettre fin au programme. L’enjeu a rapidement été porté à l’attention de Queen’s Park, où le premier ministre Doug Ford est intervenu pour y mettre fin et a ensuite présenté une loi visant à restreindre des recherches similaires.

« Les enjeux importants de ce reportage ont suscité une attention nationale intense, ce qui n’est pas habituel pour un journaliste étudiant », nous a confié Cribb. « Mais le professionnalisme de Jenna, sa rigueur journalistique, son sens de l’équité et son engagement envers la vérité n’ont jamais faibli. »

Prix De La Réussite Scolaire : Certificat De Mérite

Dans son dernier article avant d’obtenir son diplôme en journalisme, Heather Johnston a donné la parole à des survivantes d’agressions sexuelles qui avaient été réduites au silence.

Johnston a passé trois mois à s’entretenir avec des femmes ayant subi des agressions atroces, suivies de procédures judiciaires éprouvantes.

Avec le consentement des femmes, elle a passé des semaines à relancer le service de police de Calgary — passant d’une personne peu utile à une autre jusqu’à trouver quelqu’un qui fût en mesure de vérifier leurs récits en détail.

L’article qui en a résulté, « Briser le silence », a été publié dans The Calgary Journal, la publication de l’École de journalisme et de communications numériques de l’Université Mount Royal.

Johnston a pratiqué ce qu’elle décrit comme un journalisme « sensible aux traumatismes et axé sur les solutions ».

Elle a expliqué à ses sources qu’elle ne cherchait pas simplement à produire un article, mais qu’elle était là pour raconter leur histoire. Elles pouvaient interrompre les entrevues à tout moment, faire des pauses au besoin et étaient tenues informées de l’évolution de l’article. Johnston les a également mises en contact avec des services appropriés et est restée en contact après la publication.

Son article de 2 000 mots comprend une liste de ressources pour les survivantes.

Elle a couvert le projet de loi C-14 de l’Alberta, qui vise à durcir les conditions de mise en liberté sous caution et les peines d’emprisonnement pour les agresseurs sexuels violents et récidivistes, et a relayé le point de vue des femmes selon lequel la clémence ne reflétait pas la gravité des crimes.

« Bien que cela puisse aider certaines survivantes, les défenseurs soutiennent que la violence sexuelle est un problème de société façonné par des idées fausses, la stigmatisation et des obstacles systémiques », a-t-elle écrit. « Certaines survivantes sont réduites au silence avant même d’entrer dans le système judiciaire, sans parler d’obtenir justice pour les agressions qu’elles ont subies. »

Johnston est une journaliste émergente des Territoires du Nord-Ouest, diplômée avec grande distinction. Elle se spécialise dans les reportages de type magazine d’intérêt humain, en mettant l’accent sur la santé locale et les enjeux communautaires. Elle poursuit une carrière en journalisme indépendant.


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