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Les démocraties occidentales, longtemps considérées comme des bastions de la liberté de la presse, ne sont plus à l’abri des pressions coercitives autrefois réservées aux régimes autoritaires. La liberté de la presse en Occident ne s’effondre pas subitement ; elle s’érode de façon systématique.
Les journalistes subissent des pressions de toutes parts : de la part de dirigeants populistes qui les qualifient d’ennemis du peuple, de la part de propriétaires de médias qui font passer leurs intérêts commerciaux avant la liberté de la presse, et d’un paysage médiatique en mutation qui a considérablement réduit les sources de revenus soutenant le journalisme indépendant.
Plus que jamais, les journalistes – et les propriétaires de médias – ont besoin du courage de leurs convictions pour résister à ces pressions et rester fidèles à un journalisme factuel.
« Le courage de ses convictions » est le thème du dîner de remise des prix 2026 de Liberté de la presse mondiale Canada, qui se tiendra au Centre national des Arts d’Ottawa le 29 avril.
Nous rendrons hommage aux journalistes qui, malgré la censure, l’intimidation, les menaces juridiques et les dangers qui les menacent, continuent de faire du journalisme d’intérêt public.
Les données révèlent une crise existentielle pour le journalisme traditionnel, fondé sur les faits.
Pour la première fois de son histoire, le Classement mondial de la liberté de la presse 2025 de Reporters sans frontières (RSF) a déclaré que la liberté de la presse mondiale se trouve dans une situation difficile.
L’indicateur économique de RSF montre que les médias sont de plus en plus pris au piège entre la préservation de leur indépendance éditoriale et leur survie financière. La fragilité économique est désormais la principale menace mondiale pour la liberté de la presse, affirme le rapport.
Comme le souligne Anne Bocandé, directrice éditoriale de RSF : « L’indépendance financière des médias est une condition nécessaire pour garantir une information libre et fiable, au service de l’intérêt public. »
Cette fragilité s’accentue à mesure que les tendances autoritaires gagnent du terrain au sein des systèmes démocratiques.
Le second mandat de Donald Trump a entraîné une nette détérioration de la liberté de la presse aux États-Unis.
Son administration a supprimé le financement fédéral de l’Agence américaine pour les médias mondiaux, affectant les publics et les médias du monde entier. Elle a instrumentalisé les institutions, marginalisé les journalistes et brouillé la frontière entre journalisme et propagande.
En janvier, des agents du FBI ont perquisitionné le domicile de la journaliste du Washington Post, Hannah Natanson, et saisi ses appareils dans le cadre d’une enquête pour fuite d’informations. Quelques semaines auparavant, l’émission « 60 Minutes » de CBS avait retiré de la diffusion un reportage sur les expulsions vers le Salvador, quelques heures seulement avant sa diffusion – malgré l’autorisation légale – car l’administration avait refusé de commenter. La correspondante Sharyn Alfonsi avait averti en interne que permettre la non-participation, qui entrave la diffusion d’informations, donnait de facto aux gouvernements un pouvoir de coupe sur le journalisme.
Ces pressions s’étendent au-delà des frontières. En octobre, lorsque le Premier ministre Mark Carney s’est rendu au sommet de paix du Moyen-Orient organisé par Trump, la Tribune de la presse parlementaire canadienne a été prévenue seulement trois heures avant son départ et exclue de l’événement. Qu’elle soit intentionnelle ou non, l’exclusion de la presse du contrôle compromet la responsabilité démocratique.
L’intelligence artificielle ajoute une nouvelle dimension à ces pressions. Le journalisme d’investigation exige du temps et de l’argent. Si l’IA peut améliorer l’efficacité de la recherche, elle menace également de fragiliser les fondements économiques – et le jugement humain – sur lesquels repose un journalisme crédible.
Le journalisme d’intérêt public rend un service essentiel : il permet de demander des comptes aux puissants. Le journalisme d’investigation exige du talent, de la persévérance et, surtout, du courage de ses convictions.
Lorsque les gouvernements agissent dans l’ombre, que les entreprises exploitent les travailleurs ou que les responsables mentent, les journalistes jouent le rôle de rempart de la démocratie en révélant la corruption, le secret et les abus avant que des dommages irréparables ne surviennent. Un vote éclairé, des recours juridiques et une participation citoyenne effective dépendent de l’accès à une information fiable, diffusée en toute impartialité.
Le courage de nos convictions exige une résistance forte et constante pour préserver un journalisme rigoureux et indépendant. Nos libertés individuelles reposent sur des journalistes qui refusent d’être réduits au silence.
Shawn McCarthy est rédacteur indépendant et conseiller principal au Sussex Strategy Group. Il est l’ancien président de Liberté de la presse Canada.
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