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Lorsque les salles de rédaction locales disparaissent, le vide qui en résulte ne reste pas longtemps vacant. Il est rempli de rumeurs, d’indignation importée et de récits manipulés de l’étranger, destinés à nous diviser.
Comme l’a rapporté The Globe and Mail, des chercheurs de l’Université de Regina qui suivent le débat sur le séparatisme en Alberta ont constaté qu’environ 80 % de la désinformation signalée était liée à la Russie. Brian McQuinn, codirecteur du centre, a souligné que la grande majorité de cette désinformation est diffusée par des Canadiens ordinaires qui la partagent sans le savoir. Des influenceurs américains bien en vue font ouvertement la promotion de la séparation de l’Alberta, tandis que des robots et des algorithmes répandront leurs messages à grande échelle.
Lorsque cette couverture médiatique disparaît, les Canadiens sont moins susceptibles de comprendre les enjeux locaux ou même de savoir quand ont lieu les élections. Le manque d’information peut décourager des candidats potentiels de se présenter, permettant ainsi aux élus en place de mener des campagnes largement sans opposition.
Pour beaucoup de gens, être informé et engagé commence souvent lorsqu’un journaliste révèle quelque chose que les politiciens ne veulent pas que le public sache. Mais la diminution des ressources consacrées aux médias entraîne une réduction des enquêtes et du travail de surveillance sur la gouvernance locale ou les scandales, laissant le public dans l’ignorance de problèmes urgents qui pourraient autrement l’inciter à voter.
La baisse de la participation aux élections municipales est en corrélation avec l’érosion de l’information locale. Le rapport Uncovered du Forum des politiques publiques a constaté que, dans les petites collectivités dépourvues de médias locaux, 63 % des électeurs ne connaissaient pas les positions des candidats locaux, tandis que 53 % ne parvenaient pas à trouver de l’information fiable à leur sujet.
L’effondrement de la couverture hyperlocale oblige les gens à se fier aux fils d’actualité nationaux et aux médias sociaux, qui ne donnent priorité ni l’un ni l’autre aux nouvelles locales.
Le sénateur Andrew Cardozo a récemment publié un rapport sur la viabilité financière de l’écosystème médiatique canadien. Celui-ci compare les politiques publiques fédérales du Canada à celles d’autres grandes démocraties libérales et présente différentes options à envisager pour une nouvelle politique canadienne de financement des médias d’information.
Le rapport Cardozo considère les déserts informationnels comme un problème démocratique, et non simplement comme un problème touchant l’industrie. Il propose une évaluation neutre des options visant à améliorer les politiques actuelles.
Le gouvernement et une presse indépendante forment des partenaires parfois mal à l’aise. Le rapport aborde cette tension en proposant des mécanismes de protection structurels, notamment une agence de financement indépendante et sans lien de dépendance, située hors de la compétence directe de tout ministre, des décisions publiques concernant l’admissibilité et des décisions prises à distance des considérations politiques.
Dans un discours, Cardozo a déclaré que le rapport porte notamment sur « la possibilité d’un modèle de financement viable à long terme pour les médias d’information canadiens, susceptible d’obtenir l’appui et la confiance des Canadiens ». Il propose également de renforcer la reddition de comptes éditoriale et d’améliorer la littératie médiatique, afin de donner aux citoyens les moyens de distinguer le journalisme fiable de la mésinformation, du contenu généré par l’IA de piètre qualité et des hypertrucages.
La confiance est une infrastructure démocratique, et les nouvelles locales en constituent un des éléments fondamentaux. Elles favorisent la culture civique en fournissant aux citoyens des informations fiables et importantes dont ils peuvent se servir pour prendre des décisions éclairées.
Toute politique est locale. Et nous disposons maintenant de données qui montrent que la confiance l’est aussi.
Unissons les Canadiens en rétablissant les conditions nécessaires à l’épanouissement des médias locaux, afin que nous puissions réapprendre à nous faire confiance et à façonner nous-mêmes notre avenir. À cette fin, j’exhorte le Parlement à examiner les options présentées dans le rapport avant le prochain cycle budgétaire.
Heather Bakken, présidente de Liberté de la presse Canada, est une fervente défenseuse de la liberté de la presse et des médias indépendants. Heather est une responsable des médias et une stratège certifiée en communication numérique.
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