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David Walmsley est président du World Editors Forum et rédacteur en chef du Globe and Mail. Mariya Gabriel est directrice générale adjointe chargée de la communication et de l’information à l’UNESCO. Liz Corbin est directrice de l’information à l’Union européenne de radio-télévision.
Nous ne manquons pas d’information. Nous n’en avons jamais eu autant. Pourtant, partout dans le monde, les gens peinent à répondre aux questions les plus simples : Que s’est-il réellement passé ? Qui a pris quelle décision ? Est-ce vrai ?
C’est le paradoxe de notre époque. Les sociétés les plus connectées de l’histoire sont aussi parmi les plus vulnérables à la confusion, à la manipulation et à la méfiance. L’information circule plus vite que la reddition de comptes. Les algorithmes récompensent l’indignation avant l’exactitude. L’intelligence artificielle produit à grande échelle des contrevérités plausibles. Dans un tel environnement, le droit de savoir n’est pas seulement une question de transparence ; il est au cœur même de la liberté.
Sans une compréhension exacte de ce qui se passe et de ce qui est fait en votre nom, le brouillard de la tromperie s’épaissit et les acteurs malveillants peuvent tromper en toute impunité. La société est particulièrement vulnérable lorsque l’accès à l’information est refusé. Access Now et la coalition #KeepItOn ont recensé 313 coupures d’Internet dans 52 pays en 2025, le nombre le plus élevé jamais enregistré. Les coupures empêchent le travail journalistique, réduisent les communautés au silence et privent les gens d’informations susceptibles de sauver des vies.
Les lois sur l’accès à l’information constituent un pilier de l’intégrité de l’information, et le dernier suivi de l’UNESCO fait état de progrès. Son enquête de 2025 a révélé que 141 pays disposent de garanties juridiques en matière d’accès à l’information. Mais l’adoption d’une loi ne signifie pas sa mise en œuvre, et de nombreux pays présentent encore des lacunes pratiques en matière de surveillance, de recours, d’application de la loi, de conservation des documents et de gestion des données. Parmi les pays sondés, 51 n’ont pas été en mesure de fournir de données sur la conservation des documents, bien qu’ils aient déclaré disposer de systèmes ou de procédures en place.
Les commissaires à l’information et autres organismes de surveillance transforment les dispositions légales en droits pouvant être effectivement exercés. Pourtant, nombre d’entre eux sont entravés par des mandats faibles, des nominations tardives, des compressions budgétaires, des ingérences politiques, des limites à leurs pouvoirs et des attaques contre leur indépendance. Pour que l’accès à l’information fonctionne, ces organismes doivent être protégés par la loi, dotés de pouvoirs et de ressources suffisants et protégés contre toute influence indue.
Cette lacune a été confirmée par une évaluation réalisée en 2025 des lois sur l’accès à l’information, menée conjointement par l’UNESCO et le Centre for Law and Democracy. Sur 146 demandes identiques adressées dans 76 pays, 38 % n’ont reçu aucune réponse substantielle, seuls 42 % ont abouti à une divulgation complète et le délai de réponse moyen était de 22 jours. Un exercice similaire sera répété cette année afin de mesurer les changements éventuels.
L’accès à l’information doit évoluer, mais les exemples de ses lacunes sont partout présents, même dans les pays dotés d’une législation bien intentionnée.
Et dans un vide informationnel, un journalisme courageux et indépendant est indispensable. Le journalisme transforme l’information en compréhension collective. Il enquête, questionne, vérifie et met en contexte, mais il lutte aussi contre la désinformation. Il pose des questions que certains préféreraient éviter. Et il donne aux citoyens les moyens de participer véritablement à la vie publique.
Les dommages causés par la désinformation sont réels. L’UNESCO estime que les cas individuels de désinformation peuvent entraîner des coûts économiques et sociaux de 350 à 510 milliards $ U.S. par année, en raison de l’affaiblissement des mesures de santé publique, de l’altération des élections, du retard pris dans la lutte contre les changements climatiques, des pertes financières, des atteintes à la réputation et de l’érosion de la confiance envers les institutions. La désinformation n’est donc pas seulement un problème de communication. C’est un risque pour la gouvernance, une responsabilité économique et une menace directe à la capacité des citoyens de prendre des décisions éclairées.
Les radiodiffuseurs publics et les médias d’information indépendants constituent un contrepoids essentiel à ce problème. Leur mandat n’est pas de rechercher l’engagement à tout prix, mais d’informer et de servir tous les publics. Ils subissent toutefois simultanément les pressions exercées par la fragmentation des auditoires, la baisse de la confiance, les ingérences politiques, les contraintes financières, la dépendance envers les plateformes et la prolifération de contenus faux, synthétiques et manipulés. Leur difficulté à continuer de produire un journalisme de qualité n’est pas une question sectorielle : c’est une question démocratique.
La réponse doit comprendre un investissement renouvelé dans le journalisme d’intérêt public, l’indépendance éditoriale, la vérification des faits, la vérification à partir de sources ouvertes, la littératie médiatique et informationnelle et la collaboration transfrontalière. Tout comme les faussetés circulent à l’échelle mondiale, les producteurs de journalisme fiable doivent coopérer au-delà des frontières.
L’écosystème de l’information serait plus pauvre et beaucoup plus fragile sans les médias de service public — mais ceux-ci ne peuvent pas le défendre seuls.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’information et de la Journée internationale de l’accès universel à l’information, le défi est concret, et nous appelons tous les intervenants de l’espace informationnel à faire mieux :
Les gouvernements doivent appliquer les lois sur l’accès à l’information et protéger les mécanismes de surveillance indépendants.
Les plateformes et les entreprises technologiques doivent assumer pleinement la responsabilité des espaces informationnels qu’elles créent, dans le plein respect du droit international des droits de la personne.
Et les organisations médiatiques de toutes tendances devraient toujours privilégier la rigueur plutôt que la portée.
Une information librement accessible et fiable est un bien commun. Mais elle dépend d’autorités qui protègent l’accès à l’information, de journalistes qui poursuivent la vérité avant toute autre chose et du droit des citoyens aux faits. Le dividende de l’intégrité est réel, mais il n’est versé que lorsque nous faisons tous notre part.
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